la Conduite Technique de la Culture de tomate

1. Exigences écologiques de la tomate.

La tomate est une culture modérément tolérante à une grande variation de pH. Un pH de 6,5-7,0 est préféré bien que les plantes de tomate fassent bien dans des sols plus acides avec un apport nutritif en proportions équilibrées. La culture tolère des salinités jusqu'à 2-3 mmho/cm. La tomate est sensible au froid, exigeante en températures, et redoute les gelées et les vents chauds. Pour minimiser les dégâts liées aux gelées accidentelles, il est conseille de faire une irrigation le soir. Les températures optimales de croissance sont de 20-25 °C le jour, 13-17 °C la nuit, et 14-18 °C au niveau du sol.
Le système racinaire de la tomate est relativement superficiel. Environ 70% du volume racinaire est situé dans les premiers 20 cm du profil du sol.

2. Préparation du sol

La tomate exige un sol bien ameubli en profondeur. Il est recommandé de procéder à un labour et un sous-soulage en cas de présence d’une couche imperméable, mais aussi pour faciliter le drainage des eaux.

Des  lits  augmentés  sont  à  employer  pour  faciliter  l'irrigation  de  sillon  et  pour améliorer le drainage. Les lits d'environ 1 m de large avec des sillons 50 cm de large peuvent être préparés avec un façonneur mécanique. La taille du lit change avec la saison : 20 cm dans la saison sèche et 35 cm dans la saison des pluies.

3. Installation de la culture
3.1. Dates et profondeur de semis

Les tomates peuvent être semées directement ou transplantés comme jeunes plants. Les engrais de fond peuvent être placés à environ 5 cm de part et d’autre des semences de tomate et environ 5 cm au dessous des semences, peut être employé pour fournir les éléments nutritifs indispensables à une croissance rapide en début du cycle. Les semoirs de précision placent trois à six graines à l'espacement désiré. On procède ensuite à un éclaircissage pour ne garder qu’un peuplement désiré. Ce mode de semis n’est pas encore pratiqué au Maroc.
La durée de cycle de la tomate varie selon la date de semis et les autres techniques de production. Environ, 3 000 à 4 000 degrés(°C)-jours sont nécessaires entre le semis et la maturité des fruits.

3.2. Dose de semis

En pépinière, le semis s’effectue en lignes espacées de 10 cm à raison de 500 g de graines par ha. Les agriculteurs utilisent des densités de semis très élevées. Nous conseillons une densité de semis beaucoup plus faible, notamment de l'ordre de 1,5 à 2,5g/m2. Les plants obtenus avec cette densité sont de qualité meilleure. Nous recommandons également de vulgariser un semis en pépinière en ligne en respectant une distance entre les lignes de 10 cm et avec un écartement entre les graines de 2 cm sur les lignes.

Dans un but d'économie d'eau on préconise la culture de la tomate en lignes jumelées distantes de 1,70 m entre eux. La distance entre les deux lignes jumelées est de 0,6 m d'axe et on plante du côté extérieur de chacune de ces deux lignes jumelées. Au fur et à mesure les sillons d'irrigation se déplacent vers le milieu et à la fin on n'a qu'un sillon, irriguant deux lignes de plantes, distants du sillon voisin de 1,70 m.

3.3. Transplantation

La production des jeunes plants en pépinière et leur transplantation dans les champs permettent d’obtenir une plantation plus homogène. Il est conseillé d’utiliser des semences certifiées ou à défaut procéder à un traitement à l’eau chaude pour combattre de nombreuses maladies transmissibles par les graines.

Nous conseillons l’utilisation des jeunes plants robustes et sains, exempts de ravageurs. Les  jeunes  plants  doivent  être  durcis  en  réduisant  légèrement  l'eau  et  en  les  exposant directement à la lumière du soleil 6-9 jours avant la transplantation. Les jeunes plants doivent être arrosés pendant environ 12 heures avant la transplantation au champ. La plante idéale à transplanter doit avoir entre 4 à 5 feuilles et une hauteur d’environ 15 cm (4 semaines de croissance environ).

La structure de peuplement préconisée consiste à des écartements compris entre 1,20 et 2,0 m entre les rangées et 30 à 40 cm entre les plantes dans la rangée pour des variétés indéterminées (taillées), ce qui correspond à une densité de 33.333 plants/hectare. Pour des variétés déterminées (non taillées), il est recommandé d’adopter un écartement de 40 cm entre les plantes (16.666 plantes/ha).

Il est recommandé de transplanter vers la fin d'après-midi ou un jour nuageux pour réduire au minimum le choc de transplantation. Insérez la jeune plante dans un trou et laisser les cotylédons apparaître au-dessus de la surface. Serrez le sol fermement autour de la racine pour  assurer  un  meilleur  contact  entre  le  système  racinaire  et  le  sol.  Enfin,  nous recommandons de procéder à une irrigation aussitôt que possible après la transplantation.

3.4. Les variétés de tomates

Les variétés utilisées en plein champs sont : Poffe, Robika, Volume, Tissir….

4. La conduite de la fertilisation
4.1. Fumure organique

La tomate nécessite un sol bien pourvu en humus, vu son rôle dans la détermination du rendement,  mais aussi  dans  la  grosseur  et  la  qualité  des  fruits.  Les  apports  de  fumier améliorent l’efficience d’utilisation de la fumure minérale. Des apports d’environ  60T/ha permettent une amélioration du rendement d’environ 13 T/ha.

4.2. Fumure minérale

On  distingue  la  fumure  de  redressement,  nécessaire  en  sols  pauvres.  Il  est généralement préconisé de faire des apports de phosphore sur les sols pauvres en cet élément. On recommande une dose d’environ 100 à 200 unités en sols légers et 200 à 300 unités en sol à texture fine ou lourde. Pour la fumure d’entretien, elle doit être raisonnée en fonction du précèdent cultural, des apports en fumier, et des rendements objectifs.

La rotation des cultures ainsi que l’emploi des cultures de couverture, d’engrais verts, d’engrais organiques et de composts aident à maintenir une bonne structure des sols et un bon équilibre des éléments nutritifs.

Cependant, ces amendements organiques ne sont pas parfois suffisants et on peut apporter des nutriments supplémentaires, pour contribuer à éviter les troubles nutritionnels.

4.3. Fertilisation en oligo-éléments

Probablement,  le  problème  nutritionnel  le  plus  commun  chez  la  culture  de  tomate  est l'insuffisance de calcium. La putréfaction d'extrémité des fleurs est provoquée par un manque de calcium, d'eau ou tous les deux.


Les mesures suivantes aideront à empêcher la putréfaction de l’extrémité des fleurs :

•   Examiner le sol et maintenir un pH entre 6 et 6,5 et un niveau proportionné de calcium en chaulant ou en appliquant le gypse ;
•   Procéder à un paillis avec 5 à 7 cm de matériaux tels que des coupures d'herbe, paille et feuilles de pin. Le paillage empêche le séchage rapide de sol et permet aux racines de prendre le calcium disponible d’une façon efficace ;
•   Ne pas sur-fertiliser la culture avec de l'azote ou la potasse. Les quantités excessives de ces éléments diminuent la prise du calcium ;
•   Maintenir les niveaux d'humidité assez uniformes par un arrosage régulier et par le maintien d’une couche de paillis autour de la base des plantes de tomate ;
•   Ajouter la matière organique au sol, car ceci améliorera la capacité de rétention en eau et l’absorption de l’eau et du calcium.

Les paillis réduisent le lessivage des engrais, conservent l'humidité, et réduisent la pression des mauvaises herbes. Si les températures de l'air excèdent  28°C, le paillis en plastique devrait être couvert de paille pour l'empêcher de devenir trop chaud.

5. Conduite de l’irrigation

La tomate est un grand utilisateur de l'eau et exige des irrigations fréquentes. Les niveaux du potentiel hydrique ne doivent jamais excéder deux bars. Le stress hydrique à n'importe quel stade de croissance réduira le rendement et la qualité du fruit. La tomate est particulièrement sensible au déficit hydrique pendant la floraison, quelque peu sensible juste après la transplantation et pendant le développement du fruit, et faiblement sensible pendant la croissance végétative.

La tomate se développe bien dans les sols humides mais non trempés, et l'irrigation par goutte à goutte est la plus efficace. Le flétrissement des feuilles vers la fin du matin indique que la tomate devrait être irriguée.
En  saison  sèche,  irriguer  chaque  semaine  pendant  le  premier  mois  après  la transplantation, et puis tous les 10 j jusqu'à la récolte. La zone d’enracinement des plants est peu profonde, par conséquent l'irrigation devrait être fréquente et juste assez pour recharger la zone d’enracinement. Plus on avance dans le cycle, plus la zone d’enracinement s’agrandit et les irrigations deviennent plus importantes, mais moins fréquentes. En culture de primeurs, 10 à 14 irrigations de 500 à 600 m3 sont nécessaires, alors qu’en culture d’été les apports d’eau à effectuer sont de 15 à 18 irrigations de 600 m3, espacées de 10 à 15 j environ.

6. Protection de la culture
6.1. Les maladies cryptogamiques et bactériennes

Le mildiou       
Phytophtora infestans
   
Brûlure    alternarienne(Alternariose)       
Alternaria solani
   
Botrytis(Moisissure grise)
Botrytis cinerea

Chancre bactérien
Clavibacter michiganeusis

Gale bactérienne
Xantomonas vesicatoria

Moelle noire
Pseudomonas corugata

6.2. Maladies virales

Plusieurs virus causent des marbrures ou des symptômes semblables à une mosaïque sur  les  feuilles.  Le  virus  de  la  mosaïque  de  la  tomate (TMV)  peut  être  transmis mécaniquement, alors que d’autres virus comme le virus de la mosaïque du concombre (CMV) sont transmis par les pucerons, les thrips, les mouches blanches et d’autres insectes.

Le contrôle des virus chez la tomate doit être basé sur un programme qui dure sur toute l’année. L’application des procédures suivantes aide à réduire les problèmes lies aux virus : Obtenir les semences d’une source bien réputée, et qui garantit que les semences ont été traitées ; contrôler les pucerons tôt dans la saison pour réduire l’infection initiale et sa propagation. Il est recommande de traiter les mauvaises herbes présentes en bordure de parcelles qui seront plantées en tomate pour éliminer les pucerons avant de planter la tomate.
Toutes les mauvaises herbes présentes dans le champ doivent être éliminées. Enfin, il est déconseillé de planter la tomate près de champs de concombre, de courgette, de pomme de terre, de tabac, et de piment.

6.3. Nématodes

Les petits nématodes parasites, qui ressemblent à des vers, attaquent surtout les racines. Les plus importants pour la tomate appartiennent à la famille Meloidogyne. Les plantes infestées sont moins vigoureuses et produisent moins de fruits. Les nématodes à galles interagissent avec les flétrissements bactériens et fongiques, en aggravant les dégâts.
Le recours à la jachère ou la plantation de cultures non sensibles aux nématodes aide dans la réduction des populations de nématodes. Parmi les cultures sensibles aux nématodes à éviter dans la rotation, nous citons : les petits pois, l’aubergine, le concombre, le melon, le pastèque, Combo, le piment, la pomme de terre, et la patate douce. Certaines variétés de piment ('Carolina Cayenne'), de petits pois, de patate douce, et de tomate sont résistantes.

Les variétés de tomate dont le nom commercial est suivi par les lettres VFN sont les plus résistantes aux nématodes appartenant à la famille Meloidogyne.

6.5. Lutte contre les mauvaises herbes

Les mauvaises herbes devraient être contrôlées parce qu'elles concurrencent la culture de tomate pour la lumière, l'eau, et les éléments nutritifs. Parfois ils jouent un rôle dans la transmission des maladies de tomate, comme le virus du TYLCV. Les adventices dominantes en plein champs chez la tomate sont : Solanum nigrum, Chenopodium album, Chenopodium murale, Amaranthus retroflexus, Setaria spp, Echinochloa crus galli, Sonchus oleraceus,, Sonchus asper, Orobanche ramosa, Datura stramonium, Urtica urens, Convolvulus arvensis, Portulaca oleracea, Cichorium endivia, Ranunculus sardous, Cynodon dactylon, Anagallis foemina,  Malva  parviflora,  Diplotaxis  catholica,  Emex  spinosa,  et  Daucus  carota.  Les mauvaises herbes qui commencent à poser problème récemment sont : Convolvulus arvensis, Datura stramonium, Malva parviflora, Cynodon dactylon, et Orobanche spp. La période critique de compétition entre les mauvaises herbes et la tomate s’étale entre 1  et 1,5  mois  après  la  transplantation.  Les  herbicides  autorisés  chez  la  tomate  sont la metribuzin (Sencor) et la pendimethalin (Prowl). Le paillis aide dans la suppression de la croissance des mauvaises herbes.

6.6. Importance de la lutte intégrée
Un sol sain contribue à éviter plusieurs problèmes causés par les ravageurs et les maladies présents dans le sol, comme la fonte des semis, les nématodes à galles, la pourriture du collet, la flétrissure verticillienne et la fusariose. La solarisation ou la stérilisation du soussol et du sol sont efficaces. Durant le repiquage, il faut veiller à ne pas abîmer les jeunes plants, car les blessures permettent aux maladies de pénétrer dans les plantes. En pépinière, un écran fin protégeant les plantes contre les pucerons et les mouches blanches peut atténuer la gravité des attaques et retarder ou prévenir la transmission de virus.
La lutte culturale est l’ensemble des méthodes de lutte contre les ravageurs basées sur les procédés culturaux. L’hygiène des cultures est extrêmement importante pour la lutte contre la plupart des ravageurs. Elle peut impliquer l’élimination et la destruction des résidus de culture, des plantes fortement infestées, des repousses provenant d’une récolte précédente, et des adventices de la famille des solanacées.
Le labour peut faire remonter à la surface les larves et les pupes d’insectes ravageurs terricoles, comme les vers gris. Ils sont alors exposés aux prédateurs, y compris les oiseaux et les coléoptères vivant au niveau du sol.
Une rotation des cultures où les solanacées ne reviennent que tous les trois ans au maximum peut aider à combattre beaucoup de problèmes. Certaines maladies, comme la pourriture du collet et la fusariose, peuvent survivre pendant de nombreuses années dans le sol, même en l’absence de la plante hôte. Les rotations pratiquées doivent alors être plus longues.

6.7. Lutte biologique

Pour les cultures de tomate, on fait appel à des systèmes de lutte biologique très élaborés. Des ennemis naturels sont lâchés pour lutter contre les principaux ravageurs comme les pucerons, les araignées rouges et les mouches blanches. Dans les cultures de plein champ, les lâchers de parasitoïdes qui s’attaquent aux mineuses des feuilles peuvent donner des efficacités  intéressantes.  On  peut  aussi  épandre  des  champignons  bénéfiques  du  genre Trichoderm pour une lutte biologique contre divers pathogènes terricoles. Les bio pesticides comme le Bacillius thuringiensis (Bt) peuvent être efficaces contre de nombreuses chenilles
nuisibles.

7. La récolte
Il faut environ entre 55 à 105 jours à la maturité selon la variété de tomate. Récolter le fruit quand la tomate est entièrement mûrie mais encore ferme ; la plupart des variétés sont rouge foncé. La lumière n'est pas nécessaire pour mûrir les tomates non mûres. Ne pas stocker les tomates vertes dans le réfrigérateur puisque la couleur rouge ne se développera pas à moins de 10 °C. Si nécessaire, mûrissez les fruits à 21 °C. Des tomates vertes peuvent être stockées à 10 -21 °C pendant une à trois semaines. Des tomates mûres devraient être stockées à 7 - 10 °C pendant quatre à sept jours.

8. Post-récolte

La récolte des tomates dépend de la proximité au marché. Les tomates destinées à la vente locale peuvent être de couleur rouge mais encore de consistance ferme à la moisson. Celles sélectionnées pour être transportées doivent être de couleur verte après avoir été mûre et pulvérisés avec de l'éthylène 48 heures avant l'expédition.

Les tomates mûres peuvent être stockées à une température de 13°C pendant plusieurs jours. Les fruits sont emballés dans des caisses aérées pour l'expédition. Sur l'arrivée ils doivent être remballés et couverts de cellophane et vendus.

Pour les tomates destinées à l’export, elles doivent être conditionnées et emballées de façon à assurer une protection convenable du produit. Chaque plateau doit porter le nom de la variété, la coloration, le calibre, la catégorie, la marque commerciale, le code de la station et l’organisme chargé du contrôle.
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